Ce sont les pires instants de ma vie et pourtant j’ai peur de les oublier

Ce sont les pires instants de ma vie et pourtant j’ai peur de les oublier

20 janvier 2019 0 Par Balade moi

Le 29 juillet 2017, à 9h30 du matin je partais en week-end avec mon amie Laetitia. 

La voiture d’une jeune femme qui rentrait de soirée, alcoolisée, nous a percuté frontalement.

Quelques instants après le choc, j’ai appelé « Laetitia, Laetitia ! » et j’ai remarqué qu’elle ne me répondait pas. J’ai compris des jours plus tard qu’elle était tombée dans le coma instantanément. J’ai le souvenir d’une femme pompier qui me parlais : « Johanna, reste avec moi ». Je crois qu’elle était blonde. Elle m’a demandé où j’habitais, ce que je faisais dans la vie… sûrement pour me faire parler et me maintenir éveillée. Parce que ça a duré longtemps. 2 ou 3 heures je crois, avant que les pompiers n’arrivent à me désincarcérer de la voiture. Ils ont mis une couverture sur ma tête pour casser le pare-brise. Je me rappelle aussi du bruit de la tronçonneuse. J’ai demandé à la pompier si Laetitia était toujours à côté de moi dans la voiture. Elle m’a dit qu’elle avait été sortie depuis un moment et elle a dit : « c’est compliqué pour ta copine ». Et puis il y avait mon bras, j’ai vu qu’il était cassé, il y avait un angle au milieu de mon avant-bras. Je me rappelle aussi avoir vu un brancard passer, probablement celui de cette fille. Il y avait des arbres. Tout ceci est décousu car je ne sais plus dans quel ordre c’est arrivé. Je voulais dormir, mais la voix de la pompier me disait de rester éveillée. 

Et je me suis réveillée. Dans une chambre d’hôpital, seule. Je ne pouvais pas bouger. Je savais que j’avais eu un accident de voiture mais je n’avais pas de souvenir de ce qui s’était passé. La télévision fonctionnait. Bfm tv. La météo. Jeanne Moreau est morte. Le tourbillon de la vie. J’ai essayé de comprendre quel jour on était :  samedi, dimanche ? Je ne comprenais pas. J’ai cherché une sonnette pour appeler quelqu’un, mais je ne pouvais pas bouger.

Puis un infirmier est entré dans ma chambre. J’ai essayé de lui parler, mais c’était impossible. Aucun son ne sortait de ma bouche.  J’ai compris que j’avais été intubée. Avec ma main droite j’ai  mimé un geste d’écriture. Il a sorti un carnet et un stylo. J’ai écrit «  prévenir ».  Il m’a dit de ne pas m’inquiéter, et que mes parents étaient déjà venus hier. Ne sachant toujours pas quel jour on était, j’ai fermé les yeux. Quand je les ai réouvert, ma mère était là. Elle m’a dit qu’on était lundi. 

Ces images tournent en boucle dans ma tête, et j’ai le cœur serré quand j’écris ces mots car je revis ces instants. J’ai besoin d’en parler, de m’exprimer sur ces souvenirs, mais c’est difficile. J’ai déjà oublié certains moments de mes premiers jours à l’hôpital, et bien que ce fussent les pires instants de ma vie, je ne veux pas en oublier davantage.